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KULTURA LIBERALNA > Komentarz nadzwyczajny > Aujourd’hui, les mots...

Aujourd’hui, les mots ne veulent pas dire grand-chose - Guy SORMAN sur la gauche française

Łukasz Pawłowski Guy Sorman

Propos de Guy Sorman, philosophe et économiste, sur la gauche française, recueillis par Łukasz Pawłowski

Łukasz Pawłowski : Quel devrait être actuellement le rôle de la gauche en France et quelle devrait être la base idéologique de son programme – les revendications d’égalité, de justice, d’émancipation ?

Guy Sorman : Si la gauche avait aujourd’hui un programme cohérent, celui-ci devrait se baser sur les mots d’ordre de progrès technologique et de l’égalisation des chances. Cette définition traditionnelle des traits caractéristiques de la gauche ne coïncide pas cependant avec ce que la  gauche française représente maintenant. À vrai dire, nous avons affaire à une situation insolite, car une grande partie de la gauche rejette le progrès scientifique et technique et, s’agissant de nombreuses questions – comme, par exemple, la prospection de nouvelles sources d’énergie – elle opte pour le maintien du statu quo. Et, quant au mot d’ordre de l’égalité des chances, il y a une contradiction entre la philosophie de gauche et les intérêts de l’électorat de la gauche, c’est-à-dire les fonctionnaires d’État et autres salariés du secteur budgétaire. Théoriquement, la gauche soutient l’égalisation des chances, mais en réalisté, pour des raisons politiques, elle maintient les avantages des groupes déjà privilégiés. Le Parti socialiste prend activement la défense des fonctionnaires d’État, mais plus celle de jeunes chômeurs ou des représentants des minorités.

Quels sont les raisons de ce changement ? Traditionnellement, la gauche était toujours du côté des groupes sociaux défavoriés économiquement.

Il y en a plusieurs. Premièrement, la gauche française a toujours été partisane d’une définition du socialisme plutôt étroite, marxiste – encore au début de la présidence de Mitterand, elle se prononçait pour une nationalisation générale. Après 1989, lorsque le socialisme en Europe de l’Est s’est effondré définitivement, la gauche française a perdu ses bases théoriques. Jusqu’a aujourd’hui, elle demeure idéologiquement déboussolée pour n’avoir, à vrai dire, jamais su faire le choix entre la social-démocratie et le marxisme. On n’a pas réussi à construire un nouveau consensus.

Deuxièmement, la gauche fait partie intégrante de la classe politique et elle a  des intérêts politiques. Et, en France, tout parti politique se présentant aux élections doit combattre pour les voix des salariés du secteur budgétaire – c’est presqu’un tiers de tous les Français ! Un effet paradoxal de cet état de choses, c’est que l’électorat de la gauche française est aujourd’hui plutôt… conservateur.

Troisièmement, enfin : la gauche est devenue en quelque sorte victime de son propre succès. Les principales revendications de la gauche, avancés depuis la fin du XIXe et le début du XXe siècle – accès général à l’éducation, santé, allocations-chômage et nombre d’autres prestations sociales – ont été réalisées.

Mais depuis plusieurs années – comme le disent de nombreux économistes – nous traversons la pire des crises économiques depuis la Grande Dépression – beaucoup d’États sont au bord de la faillite, et les différences patrimoniales ne font que croître. Il semblerait qu’une telle situation pourrait mener à l’accroissement du soutien donné aux groupements de gauche, mais rien de tel n’est arrivé.

Bien que la crise économique ait commencé il y a presque cinq ans, nous ne savons toujours pas quelles en ont été les causes véritables. Est-ce là un échec du libre-échange, du système financier global, ou peut-être de l’État-providence ? Les avis sont partagés, ce qui fait qu’il n’y a pas non plus de solution universelle, généralement acceptée. Les deux parties de la scène politique sont d’avis qu’il ne faut faire rien de radical s’agissant de cette question.

Ce qui ne saurait étonner d’ailleurs car en France les effets de la crise ont touché principalement les jeunes, les chômeurs et les minorités. Habituellement, ces gens-là, ne prennent pas part aux élections, leurs problèmes ne sont donc pas pour la classe politique des stimuli les poussant à réagir.  Or le fonctionnaire français pouvait à vrai dire ne pas se rendre compte de la crise. L’État continue à embaucher de nouveaux agents, et les salaires augmentent, car grâce aux bas taux d’intérêt des obligations gouvernementales, la France peut emprunter de l’argent  à l’infini. La dette croît, mais personne ne s’en préoccupe. Au contraire de la Grèce ou de l’Italie, il n’y a pas de pression qui obligerait à entreprendre des actions radicales et à mettre de l’ordre dans les finances de l’État.

Vous avez dit que l’électorat de la gauche française était assez conservateur. Comment expliquer en ce cas-là le fait que le gouvernement force sur la réforme de mœurs, comme quand il donne aux couples homosexuels le droit de se marier ?

La réforme des mœurs, c’est tout ce qui est resté de la gauche. Si nous regardons les réalisations de François Hollande à ce jour, il va s’avérer que, mis à part la légalisation sur les mariages pour tous, il ne peut se vanter d’avoir à son compte une réforme essentielle quelconque. Cependant, il est bon de souligner que sur cette question non plus la gauche française n’a pas été unanime. La droite a connu une division semblable – les conservateurs ont protesté, mais les libertariens n’avaient rien contre les changements proposés.

Cette question, de même que les réactions à la crise financière, montrent que les différences entre les partis de gauche et de droite ne sont plus en France aussi essentielles qu’autrefois. Pensez-vous donc qu’il y ait toujours un sens à s’obstiner de distinguer la gauche et la droite ? 

La droite et la gauche ont beaucoup de traits communs, mais je pense que c’est bien. En France, encore jusque dans les années 80 encore, toutes les élections ressemblaient presque à une guerre civile – l’opposition entre les socialistes et les conservateurs était alors tellement forte que le pays semblait chaque fois frôler la révolution. Après 1983 et, a fortiori, après 1989, l’influence des socialistes radicaux et des conservateurs a diminué, un nouveau champ s’est ouvert à l’entente sur des questions comme les politiques de la santé, l’éducation généralisée, l’ouverture des frontières, l’appartenance à l’Union européenne, etc. Aujourd’hui, il n’y a que les représentants des groupements extrémistes qui s’opposent à ces revendications. Le rapprochement entre la gauche et la droite est quelque chose de bon et nous ne devrions pas nous souvenir avec nostalgie les temps où nous étions témoins de violentes confrontations idéologiques.

Mais, en démocratie, les citoyens devraient avoir la possibilité de choisir.

C’est entendu, et c’est pourquoi il faut trouver un équilibre entre les divisions politiques d’un côté, et la capacité de parvenir à un consensus de l’autre côté. Le problème, c’est que les mots ne veulent pas dire grand-chose – la gauche n’en est vraiment pas une, on ne sait pas non plus où se trouve la droite. Aucune de ces forces politiques n’a, à vrai dire, de base philosophique, ce qui en conséquence  ne permet guère d’approfondir le débat politique. Résultat, les choix politiques des Française revêtent avant tout un caractère négatif – on vote contre quelqu’un et non pas pour quelqu’un. Hollande est sorti gagnant au deuxième tour, parce que les gens ont voulu se défaire de Sarkozy et aux prochaines élections probablement les gens vont voter pour quelqu’un afin de se défaire de Hollande. En profitent les groupements extrémistes qui affirment qu’ils sont les seuls à offrir une alternative politique. Pourtant, cela ne vaut pas du tout exclusivement pour la France – c’est une situation courante en Europe.

Est-ce que les radicaux peuvent prendre le pouvoir de fait de l’inertie du courant politique dominant ? 

Je ne le pense pas. Les partis extrémistes font bonne figure dans les médias, ils remportent aussi des succès à des élections de peu d’importance. Mais le soutien dont jouissent les radicaux, c’est une sorte de protestation, et cela ne va pas beaucoup plus loin. Il y a une différence entre le bruit que ces groupements font et la volonté réelle des Français de les voir au gouvernement. À franchement parler, je ne sais pas s’ils le voudraient eux-mêmes. Leur rhétorique se prête à merveille à attirer l’attention des médias, n’empêche que leurs exigences sont complètement irréelles.

Cette interview est un suite du sujet de la semaine „XXIe siècle. Le monde sans la gauche?” publié dans le numéro 241 de „Kultura Liberalna”, ou nous avons discuté l’avenir de la gauche européenne et américaine.

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Nr 242

(36/2013)
27 sierpnia 2013

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